La Martinique, île lointaine, bercée par les alizés, par la beauté de ses sites, le topaze de sa mer, attire, et émerveille les touristes.
Ne l’appelle t-on pas « l’Île aux revenants » !
Dieu créa le pays, le diable : la Montagne de feu des caraïbes aujourd’hui :la MONTAGNE PELEE.
Couvrant une superficie de 120 km carrés, située au Nord, elle domine à l’Ouest : les villes de ST PIERRE, Le PRECHEUR, à l’Est ,sur la façade Atlantique celles de GRAND-RIVIERE, MACOUBA, BASSE-POINTE, en son centre les communes du MORNE- ROUGE, et du MORNE VERT.
De forme conique assez régulière, elle repose sur un diamètre de base de 11 à 15 kms et culmine à 1351 mètres.
Le volcan majestueusement installé face à la rade de St PIERRE demeure très dangereux, selon Haroun TAZIEFF : ses colères futures peuvent couper l’île en deux parties.
Depuis l’arrivée des Européens en 1635, de petites éruptions, Janvier 1792 et Août 1851 le le réveillèrent. Cette dernière se contenta de saupoudrer de cendres quelques KM2. Peu d’importance fut accordé à ce phénomène. Exulta le Clergé. Nombreuses furent les conversions et les régularisations
des ménages irréguliers.
Quand se réveilla le Volcan ?
Une éruption n’est pas immédiate. Des signes précurseurs l’annoncent.
Les premières fumerolles apparurent en 1889. pour la population : rien de grave, le volcan fume ! Si elle savait ! En 1901, de nombreux séismes secouèrent le pays.
Le monstre se réveilla au mois de février 1902. Une forte odeur de souffre incommodait la population. Des serpents descendaient de la montagne, la faune sauvage s’asphyxiait, l’argenterie noircissait ; Un calme plat apparut et permit le déroulement du célèbre carnaval.En nous aidant de la chronologie du professeur LACROIX, les manifestations volcaniques reprirent. Dans un premier temps du 25 au 30 Avril : fortes secousses telluriques, grondements souterrains puissants, violentes déflagrations, fumées blanches, vapeurs sortant du cratère, pluies de cendre. Personne ne croyait à l’imminence d’un désastre. Des plaisantins disaient : « La montagne nous fait manger un poisson d’Avril, Avril va te coucher, dors bien. Et toi Mai salut ! »
Le deuxième temps s’annonça à partir du jeudi 1er Mai, La situation empira,
l’éruption s’activa en prenant des proportions inquiétantes : flammes gigantesques, fumées noires, cendres abondantes, incommodant toute l’île, détonations, fortes secousses sismiques. Les habitants des communes limitrophes : Prêcheur, Morne- Rouge quittaient leurs maisons pour se réfugier au havre de St Pierre, capitale économique.
Ce même jour le Gouverneur Louis MOUTTET accompagné du Lieutenant
Colonel GERBAULT se rendirent sur les lieux pour évaluer la situation et calmer la population. Le lendemain ils regagnèrent FORT de FRANCE sur le navire « SUCHET »
Dans la nuit du 04 au 05 Mai, des pluies s’abattirent sur la région et provoquèrent une forte crue de la rivière Blanche.
Le lundi 05 Mai vers midi un LAHAR : crue subite catastrophique entrainant à une vitesse folle des masses de boue, d’énormes blocs rocheux pyroclastiques. Il suivit le cours de cette rivière, véritable trombe d’eau, par bonds gigantesques se déversa sur l’usine de M. GUERIN l’emportant entièrement.Trente personnes furent englouties ( premiers morts de la Pelée). Sous la poussée terrible de cette avalanche, avec un bruit sépulcral, la merse retira de 25 à 30 mètres, puis un raz-de-marée envahit le port et la place Bertin, ravageant les centres commerciaux et créant un affolement inimaginable.
Le mardi 06 Mai le Maire de St Pierre M. FOUCHET en accord avec le Gouverneur afficha une proclamation rassurant la population. Le Professeur d’histoire naturelle du lycée M. LANDES dans une interview au journal « les Colonies » dit : « La montagne n’offre pas plus de danger pour les habitants de St Pierre que le VESUVE pour ceux de NAPLES ».
Le mercredi 07 Mai, le Gouverneur, son épouse, le Lieutenant Colonel GERBAULT revinrent et présidèrent une commission de quatre membres : un pharmacien de l’hôpital militaire de FORT de FRANCE, un ingénieur des ponts et chaussées, deux Professeurs du Lycée dont M. LANDES. Tous périrent dans la catastrophe. En dépit des avertissements réels, la grosse majorité de la population ne bougea pas, le deuxième tour des élections législatives devant avoir lieu le dimanche 11 Mai.
Dans la nuit du 07 au 08 Mai des LAHARS dévastèrent les bourgs de GRAND-RIVIERE, MACOUBA, BASSE-POINTE. A SAINT-PIERRE deux orages retentissants réveillèrent les habitants. En fin de nuit une accalmie fut la bienvenue.
Vers 7h 50 une terrible détonation retentit, la montagne s’entrouvrit sur la ville. La nuée ardente (masse énorme fumante épaisse sillonnée d’éclairs projetant comme fétus de paille des bombes volcaniques de plusieurs
tonnes charriant des gaz sulfureux, carboniques) se précipita en 5 minutes, sur ST PIERRE. ( 8h02, heure donnée par l’horloge de l’hôpital militaire restée intacte). Cerise sur le gâteau, des pluies de lapilli : petites pierres et de la cendre brulante tombèrent. La ville était en flammes, tous les bâtiments publics, les maisons furent rasées, les 16 navires du port incendiés et coulés, seul échappa « le RODDAM ».
Heureusement le célèbre « BELEM » mouillait ce jour dans la rade du Robert. L’apocalypse dura deux heures, les habitants périrent. La région de St PIERRE n’était qu’une vaste nécropole 29.000 morts. Parmi eux le Gouverneur Louis MOUTTET et son épouse, le Lieutenant Colonel GERBAULT, le Consul américain et son épouse, le Maire, quatre conseillers généraux, tous les fonctionnaires, tout le Clergé excepté l’évêque Monseigneur De CORMONT, heureusement en Métropole, les équipages des 18 navires. La disparition de St PIERRE fut une perte cruelle pour la Martinique. A toutes les mémoires, ce phénomène perdure.
La nuée ardente. Cependant, miracle, deux hommes. la vie sauve : Un cordonnier M. Léon COMPERE, habitant la campagne, sa maison abritée par une colline le protégea. La chaleur de l’air le brula profondément au visage et aux jambes.
Le second : un prisonnier Louis SYLBARIS (appelé CYPARIS), conduit à la ville pour effectuer quelques travaux, apprenant la fête au PRECHEUR s’échappa. Revenu à la maison centrale, l’administration le condamna au cachot (8 jours).
L’éruption eut lieu entre temps. malgré l’épaisseur des murs il sesentait cuire, il rôtissait, brûlait de partout. Durant 4 jours et 3 nuits il y vécut sans manger et sans boire aux prises à d’atrocessouffrances. Le père MARY, Curé du MORNE-ROUGE et des bénévoles secouristes par hasard entendant des cris sur les lieux de la prison le trouvèrent épuisé et le conduisirent dans cette commune pour le soigner. Il fut le seul survivant « Intra muros ».
Le cirque BARNUM l’engagea. il mourut en 1929 date de la seconde grande éruption détruisant le MORNE-ROUGE totalisant plus de 1000 morts dont le Père MARYST PIERRE après la catastrophe.
ST PIERRE avant 1902 était une ville heureuse, rade entièrement couverte avec son mouillage sûr et profond, d’accès facile faisait de son port un centre commercial de premier ordre. De ses collines environnantes, on embrassait l’horizon de la rade.
Dans ce cadre exotique se reflétaient les moeurs bourgeoises de la population. L’esprit républicain animait dans le peuple des controverses politiquesmémorables aux périodes électorales. Une ambiance survoltée dominait tout.
Le Théâtre avant la catastrophe, exacte reconstitution de celui de BORDEAUX était réputé dans toutes les Antilles, le sens musical s’y affirmait.
Quant à son carnaval, durant cette période, une marée humaine descendait dans les rues, on chantait, on hurlait, on dansait, la folie, le délire envahissaient tout. C’était un maximum d’exaltation et de frénésie sans égale.
Les édifices publics aux lignes élégantes : La mairie, la cathédrale, le palais de justice, les églises, attiraient l’attention.
La folie du MONSTRE raya La chambre de commerce tout de la carte. Son éveil capta le monde entier. Aux trois types volcaniques : le HAWAIEN, le
STROMBOLIEN, le VULCANIEN, déjà connus s’ajouta le PELEEN et sa nuée ardente.
En 1934 un observatoire volcanologique fut édifié au MORNE DES CADETS, surplombant la ville de FOND ST DENIS. Les spécialistes le surveillent quotidiennement.
Avant ZAZI et Johny HALLYDAY, la PELEE alluma le feu.
Son apocalypse reste et restera le premier cataclysme atomique inaugurant le 20 ème siècle.
Ce terrible jour s’effacera-t-il de notre souvenir ?
Marcel SYLVESTRE
Compagnon de l’ANMONM, section de Martinique